top of page
  • VINZY

JE SUIS FIER DE MON POTE REYNZ


Travailler dans l’industrie de la musique, c’est bien sûr un privilège que chaque professionnel(le) doit être conscient d’avoir obtenu. Être un(e) passionné(e) de musique, pouvoir impacter en bien les carrières d'artistes talentueux, ne pas avoir à se retenir de trop parler de rap au bureau, faire la fête dans les cadres les plus surprenants, ainsi de suite. Toutefois, parmi les défauts de ces métiers, il y a un fardeau que tou(te)s les professionnel(le)s ou presque ont à porter. Surtout chez les jeunes. Le ou la pote artiste pas ouf.


Pardon, dit comme ça c'est un peu méchant. Mais vous conviendrez qu'hélas certains artistes n'ont pas forcément assez de talent et de créativité pour exciter une oreille exigente. Ou, cas courant et rassurant pour eux, ils ou elles ne se sont simplement pas encore trouvé(e)s, n'ont pas assez peaufiné leur proposition. Or, ces artistes, il y en a beaucoup. Partout, dans toute la France. Surtout dans les bandes de potes qui se sont construites avant le bac ou les années suivantes autour de la musique. Des artistes qui n'ont pas réellement de proposition à eux, dont l'écriture est vue et revue ou qui n'arrivent pas à s'approprier les techniques créatives qu'ils/elles doivent maitriser. Et bien souvent, les professionnels de la musique (ici, j'inclus les rappeur(se)s en place) doivent composer avec cet(te) ami(e) qui compte, qui les supplient de les aider à faire marcher un produit qui ne marchera pas. Qui n'ont pas d'autre connexion. Et que ces professionnels aiment et ne veulent pas voir souffrir, ce qui leur cause de sacrées migraines.


Des potes artistes que je côtoie depuis d'innombrables années, moi aussi j'en ai quelques-uns. Iksma, que vous avez pu retrouver sur des albums (musicaux) de PNL, de Ninho ou sur des albums (photos) de ma mère à l'époque où j'étais ailier droit et lui arrière gauche au hand. Vous l'aurez compris, il a bien fait son trou. Shanti Vibes, ingé-son et surtout artiste entre le rap et le reggae. Qui m'a toujours permis d'avoir de la mélodie dans mes écouteurs, même dans mes périodes les plus portées sur le rap hardcore. Le pote dont le fort succès local, lorsque j'avais dix-sept ans, m'a donné ma première idée de ce que c'est que de voir un artiste générer sérieusement de l'attention. Il y a Protein Papi, DJ rap-rnb-afrobeat-house qui brillerait à Paris s'il n'était pas trop attaché à ses foutues escapades dans l'océan le week-end (vraiment). Et enfin, il y a Reynz.


Reynz, c'est celui à qui je parle le plus. C'est le pote avec qui on discute quasi-quotidiennement. Reynz, c'est mon pote rappeur qui n'est pas encore connu partout. Et qui n'a pourtant rien du "pote qui galère d'un mec de l'industrie". Si chez certain(e)s autres, ce pote peut générer de la méfiance chez les interlocuteurs, chez moi c'est un bon rappeur dont l'heure nationale va forcément finir par arriver. D'autant que sa carrière est déjà belle. Il est suivi d'une base d'auditeurs fidèles, a déjà atteint le millier de likes organiques sur un clip, est sûrement la plus grosse référence sur scène parmi les rappeurs bretons hors de Rennes, a un deal avec un label indé nantais. Mais c'est mon pote dont le nom est encore inconnu d'une partie des interlocuteurs à qui je m'adresse dans l'industrie. C'est donc lui qui a, me concernant, l'étiquette de "pote rappeur de".


Et mon pote Reynz, merci à Dieu et à lui: je suis très fier de le partager sur Twitter et en story. De tenter de l'aider. Très fier de vanter son talent auprès de pros de la musique que je côtoie. Très fier d'écouter ses projets. Très fier de lui chercher des plans quand j'en ai l'occasion. Très fier de voir ce qu'il accomplit à 99% sans mon aide. Très fier de voir son nom sur l'affiche des Vieilles Charrues, de voir la qualité de son clip Un peu de peine, de comment il s'offre des kifs, comme avoir son footballeur préféré qui répond à ses stories random.


Je suis fier d'abord, parce que je le vois faire. À longueur d'années, je côtoie des artistes aux destinées qui changent brusquement, qui passent d'inconnus à disque d'or en moins de cinq ans, je réfléchis les stratégies de développement d'artistes à l'échelle des certifications. C'est une certaine réalité, qui comprend notamment la présence d'un entourage professionnel massif et l'ouverture de très grandes portes. Voir Reynz avancer, c'est voir un artiste qui n'a pas tout ça, mais qui peut compter sur lui-même et sur son équipe soudée et talentueuse (Savi, TaoKing, Gak, Shanti et P-A Hamann notamment). Et qui passent des paliers, qui mettent les mains dans le cambouis pour sortir de jolis clips, qui alternent entre leur travail alimentaire et leur travail passion. Avec tout ce que cela peut induire comme difficultés, mais qu'importe: ils y vont et réussissent de très belles choses ensemble, Reynz en capitaine de ce navire dans notre cas, parmi les divers navires concernés (TaoKing organisant depuis des années de grosses soirées réputées à Brest, Shanti et Gak développant leurs propres carrières). Et ça, j'en suis fier.


Je suis fier de la combinaison de sa créativité et de son intelligence. Parce que c'est un bon artiste, avant toute chose. C'est quelqu'un qui écrit extrêmement bien, depuis l'époque où il n'était qu'un lycéen qui venait freestyler au milieu des grands, dans une émission de radio locale que je tenais. Il stimule l'amoureux de belles formules que je suis, à sa façon à lui, comme SCH, Isha ou Sheldon le font à leur façon à eux. Cette écriture qui me met une pression positive nécessaire parfois, parce qu'il est capable de bien des fulgurances poétiques qui ne me seraient jamais venues. Cette force de l'écriture, initialement enfermée dans un cadre boom-bap parfois redondant, il a su lui faire voir d'autres terrains, s'épanouir dans d'autres prés. Il a créé son pré à lui avec un peu d'influences rap et musicales diverses et de plus en plus riches. Qu'il s'agisse de musique ou de travail, jamais je ne me suis jamais senti dans une position de mec qui doit lui expliquer les choses, de gars qui s'est fait sa place et qui doit prendre par la main un rappeur un peu perdu. Jamais, jamais. Chacun apprend de l'autre. Et ça, j'en suis fier.


Et aujourd'hui, son EP R qui vient de sortir a été préparé avec mon reuf Iksma, qui donne une dimension nouvelle à la musique de Reynz. Un beatmaker qui a travaillé avec le gratin de ces dernières années, et qui juge que Reynz mérite qu'il consacre du temps à créer un projet avec lui. Puis il y a cet univers que Reynz a défini: il ne s'est pas enfermé dans le piège des rappeurs de régions qui veulent faire "comme tel Parisien en moins bien". Non, il a développé depuis de nombreuses années une identité basée sur ce qu'il incarne réellement: un fils d'ouvrier de Brest, fêtard, séducteur, un peu bagarreur, très mélancolique. Qui à mon sens le distingue et rend sa musique plus respectable, comme par exemple un Ben PLG à sa manière à lui, dans le Nord. Il a su le penser tôt, et développer de là une discographie précocément cohérente. Et ça, j'en suis fier.


Je suis fier de l'amour qu'il a pour la musique. J'en reviens à l'industrie, à nos habitudes, aux egotrips parfois exagérés de certains rappeurs. Le fait de s'installer dans un confort, qui nous mène à moins faire d'efforts, à plus vite se plaindre et surtout à trouver en l'argent l'une des plus grandes sources de motivation pour rapper. Ce que je ne reproche à personne, attention, c'est normal de vouloir se mettre à l'abri! Mais voir un passionné abattre ce travail, sans besoin de se dire "Faut que je pète tout, le prochain album ça va partir en distrib, je vais tellement coffrer" (entre autres choses) afin de se motiver à être sérieux au studio, c'est bêtement joli à voir. C'est du romantisme, quoi. Reynz aime trop ça, je le vois aimer trop ça, je sais en tant qu'ami comme c'est nécessaire pour lui de créer de la musique, avec exigence. Et l'argent viendra plus massivement, mais la musique n'est pas "un charbon comme un autre". Et ça, j'en suis fier.


Puis je suis fier parce que c'est mon pote, tout simplement. Avec Reynz, Protein Papi et deux autres amis, on a créé une conversation Messenger en 2014, qu'on n'a jamais lâché. C'est d'ailleurs la seule raison pour laquelle j'ai encore l'appli sur mon iPhone en 2023. Et ensemble, on se voit réussir chacun dans des voies très différentes. Il y a un rappeur, un tatoueur, un infirmier, un élève-avocat et un mec de l'industrie. Dieu merci, chacun est sur la pente ascendante depuis plusieurs années. Pourvu que cela dure. Et bien en tant que pote je suis fier de voir les étapes qu'il franchit, fier qu'il ne soit pas celui du groupe qui s'acharne dans une voie qui n'est pas faite pour lui. Fier de dire que ouais, le rappeur qui est le plus professionnalisé de ma ville, c'est sûrement lui. Fier de penser aux inconnus qui se rendent aux concerts d'un artiste parisien parce que Reynz assure la première partie. Et ça, j'en suis fier.


Merci donc à Reynz d'être mon pote qui mérite plus d'exposition. Et merci pour l'EP R qu'il vient de sortir. Certains savent mon amour pour les EPs travaillés entre un seul artiste un seul compositeur, comme bien des fans de rap. Le travail de réal et de production d'Iksma sur celui-ci amène un Reynz que je n'avais jamais vu aussi franchement embrasser sa mélancolie douce. Le refrain d'Un peu de peine se balade dans pas mal de mes soirées de semaine, lorsque je suis seul chez moi. Je regarde souvent son clip, ce qui n'est pas trop mon genre. Je m'amuse d'entendre un rappeur respectable, dans son art et sa personne, évoquer les CDs de Nolwenn Leroy qui trainaient dans la portière de la 207 de ma mère.


Je suis fier de Reynz, mon ami bon rappeur. On a tous pris de l'âge, le bac ça devient un souvenir lointain. Enfin plus pour moi que pour lui. On apprend à regarder ses frères avec la force d'une relation enracinée, adulte, toujours très portés sur les conneries mais plus attentifs à ce que le monde d'après-les années post-bac ne traite pas trop mal ses ami(e)s. Et lorsque je l'écoute me parler de l'affiche des Vieilles Charrues 2023, étape de plus dans son parcours, je souris satisfait en l'observant de loin. Comme lorsque j'allais fumer dehors les rares clopes que je n'allumais pas dans le studio radio. Et qu'il était là, avec son sac à dos un peu déglingué, derrière la fenêtre, dans la pièce. Prêt à découper, sans peur des grands aux visages pas tous accueillants autour de lui. On s'est fait virer de la radio à cause de nos bêtises, mais visiblement Reynz n'a pas eu besoin de nous pour poursuivre son bout de chemin.

839 vues5 commentaires

Posts récents

Voir tout
bottom of page